Respectant ses engagements, L’Argus de Nouvelle-Calédonie, faisant suite à la publication des résultats de l’enquête sur la sécurité à moto en Nouvelle-Calédonie, a pris contact avec le cabinet de M. Gérald Cortot, membre du gouvernement en charge des transports terrestres et maritimes, de la sécurité routière, des infrastructures et du schéma d’aménagement de la Nouvelle-Calédonie, entre autres responsabilités… Autant dire que Monsieur Cortot est un monsieur absorbé. En dépit de cet emploi du temps chargé, les services de son cabinet ont fait le nécessaire pour que la population deux roues du Territoire obtienne des réponses aux questions fondamentales soulevées par l’enquête menée par le magazine dont il est ici fait état (Le ras-le-bol des motards calédoniens - Argus NC n° 97).
Nous remercions dès lors Monsieur Cortot de nous avoir accordé ce long moment d’entretien. Les automobilistes, ainsi que chacun le pourra constater, sont ici tout autant intéressés que les utilisateurs des deux roues.
En substance, les routes calédoniennes devraient - progressivement - changer…

Argus NC : Monsieur Cortot, est-ce que vos services gouvernementaux ont conscience de la dangerosité des routes calédoniennes pour les deux roues - que l’ont sait nombreux en Nouvelle-Calédonie ?
Gérald Cortot : On a conscience de l’ensemble des dispositions à prendre que ce soit à l’égard des quatre roues comme des deux roues. Sur ce sujet, pas plus tard que vendredi dernier (NDLR : soit le 26/08/05), nous étions en réunion relativement à la sécurité routière sur des normes sécuritaires à appliquer concernant les routes, et plus particulièrement ce que l’on nomme le “noir”, autrement dit le bitume. Je pense que cela vous fera plaisir ! Cela fait 8 mois que nous avons effectué notre première réunion sur ce chapitre.
Il faut maintenant savoir aussi qu’en Nouvelle-Calédonie, les compétences en matière de routes sont partagées entre les trois Provinces, les communes et le gouvernement. Je ne saurais donc vous parler que des routes relevant de notre compétence.
Et à cet effet, à partir de 2006, la donne sera complètement bouleversée : les appels d’offres se feront en exigeant des normes de sécurité et de durabilité. C’est notre choix.
Argus NC : C’est-Ã -dire ?
Gérald Cortot : Je vous livre ici la primeur de cette information : des essais ont été réalisés pour se rapprocher de la norme en application en Métropole et formulés à Paris à propos d’un nouveau revêtement qui sera utilisé dès l’exercice prochain parce que l’on constate un écart entre les textes appliqués aujourd’hui et les conditions de trafic poids lourds et de charge. Il s’avère qu’aujourd’hui l’on possède le savoir-faire, mais la formulation fait défaut. La réunion de vendredi avec les trois fabricants de bitume du territoire avait pour but de faire coïncider exigences et technique. Il va sans dire que désormais tous les appels d’offres du gouvernement de Nouvelle-Calédonie vont se faire dans cette orientation.
Argus NC : Donc avec un nouveau cahier des charges concernant le revêtement de nos routes ondoyantes et diverses…
Gérald Cortot : Oui, c’est extrêmement important !

Argus NC : En quoi nos routes seront-elles différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui ?
Gérald Cortot : Leur réalisation - nouvelle - fera l’objet de contrôles stricts et répondant à des normes internationales. Un contrôle de la macrotexture du bitume sera réalisé grâce à des procédures normalisées utilisant la méthode volumétrique de l’essai à la hauteur de sable régit par une norme. C’est l’essai de référence. De plus ce bitume sera plus apte à résister à notre climat, ce qui n’était pas le cas du précédent et qui nous valait régulièrement des déformations. Un premier essai, avec structure spécifique, est en cours sur la Savexpress. Chaque tronçon de route sera considéré en fonction des vitesses légitimes obtenues sur ces portions. Sur le chapitre de l’édification des routes, comme de leur fondation, le gouvernement sera intransigeant et se référera à des normes applicables désormais en Nouvelle-Calédonie.
Argus NC : A partir de 2006 …?
Gérald Cortot : A partir de 2006 !
Argus NC : Quel est le type de revêtement le plus couramment utilisé aujourd’hui ?
Gérald Cortot : De l’enrobé fermé, extrêmement dangereux et glissant pour tous les véhicules par temps de pluie et, bien sûr, particulièrement pour les deux roues.
Argus NC : À la faveur de notre enquête, et même simplement en roulant tous les jours, on peut cependant voir des accotements absolument pas stabilisés en NC. On peut parler de prévention ou de répression routière, mais si les pouvoirs publics livrent des routes dangereuses à un mode de conduite calédonien qui ne l’est quelquefois pas moins, on ne voit pas très bien vers où les applications de la prévention porteront leurs fruits ?… N’y a-t-il pas discordance ici ?
Gérald Cortot : Nous sommes déterminés à remplir la charge qui nous incombe. À propos des accotements, nous sommes obligés d’attendre que les concessionnaires (eau, électricité, assainissement, téléphone etcŠ) terminent leurs travaux dans le cas d’absence de coordination. Il peut y avoir actuellement, je le reconnais, des carences en la matière bien que des consignes de sécurité soient données. Mais sitôt ces travaux achevés, tous les accotements des routes relevant de la compétence du gouvernement calédonien se verront normalisés, sur le même plan que la route, et enduit d’un bi-couche (bitume). Dans de nombreux cas de travaux neufs c’est fait, dans d’autres non, surtout dans les cas manifeste de défaut de coordination avec les concessionnaires. Nous sommes ô combien conscients statistiquement qu’un accotement défectueux grève lourdement la sécurité de nos routes. Nous avons étudié ce dossier accotement et il ne faut plus de cela !
Argus de NC : Les motards calédoniens se plaignent des glissières de sécurité qui ne sont pas dédoublées en Nouvelle-Calédonie. Cela constitue un coupe-gorge pour eux en cas de chute, une véritable guillotine. Tenons compte des paramètres économiques et laissons celles qui sont en place là où elles sont : mais est-ce que leur changement ou les implantations à venir se feront avec le concours de barrières dédoublées, moins dangereuses pour eux ?
Gérald Cortot : Nous sommes en train avec la DITTT (NDLR : Direction des Infrastructures, de la Topographie et des Transports Terrestres) de prévoir les changements adéquats de barrière. Elles seront dédoublées dans l’avenir. Il n’est pas superflu de rappeler que les caractéristiques des glissières de sécurité sont validées pour les vitesses légales, non pour les vitesses excessives.
Argus de NC : Il est par ailleurs un phénomène récurrent en Nouvelle-Calédonie et dramatiquement dangereux : la scorie déversée sur nos routes ! Ne serait-il pas loisible d’intensifier les contrôles en matière de surcharge des nombreux camions circulant sur nos routes, d’étanchéité de leurs bennes, surtout en ce moment avec le boom de la construction !
Gérald Cortot : Écoutez, le problème, c’est que vous avez les textes : ils existent !, c’est-à -dire que sur les routes calédoniennes, nous sommes limités à 13 tonnes par essieu. Et là on s’aperçoit que peu de camions respectent cette législation ! Mais le contrôle de l’observance de ces règles est de la compétence de l’Etat, des forces de Police et de Gendarmerie Nationale. Je ne peux guère en parler pour l’heure, mais nous prévoyons d’apporter un concours matériel aux forces de l’ordre pour faciliter le contrôle de ces infractions qui nous coûtent cher en matière de détérioration du réseau routier.
Car si déjà l’on faisait respecter les textes existants, on éviterait des dégâts aux routes. Et qui dit dépassement des charges autorisées dit rehaussement ou “dôme” sur les bennes avec étanchéité aléatoire. Donc pertes de matériaux sur la route… et danger pour les deux roues et tous les autres usagers également. Je ne veux pas dire qu’en faisant respecter les textes on éradiquera tous les problèmes, mais je dis que l’on apportera déjà une amélioration très sensible.
Argus de NC : Monsieur Cortot, nous savons que cela ne relève pas directement de votre cabinet, mais au cours de notre enquête, et sauf changement depuis, nous nous sommes aperçus que la TGi (Taxe Générale à l’Importation) applicable aux clubs de golf était de 11 % quand elle est de 21 % pour les casques deux roues, éléments de sécurité vitale et obligatoire !
Qu’est-ce que cela vous inspire que des éléments qui peuvent sauver des vies soient surtaxés par rapport à des clubs de golf ?
Gérald Cortot : Ce n’est pas normal… C’est pas normal du tout ! (NDLR : Nous avons tout lieu de penser raisonnablement que les choses vont évoluer sur ce point.)
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Je suis un motard de Nouvelle Calédonie. Aujourd’hui, j’ai glissé dans un virage pourtant beaucoup emprunté et où j’étais passé la veille. Une voiture s’est rabattue sur moi, me contraignant à serrer le bas côté, endroit où il se trouvé de la scorie, ce qui m’a fait glissé et chuté sans que je puisse réagir. Evidemment la voiture ne s’est pas arrêtée.
Je voudrais savoir si il est du ressort de Mr Cortot d’assurer la sécurité et le bon état des routes empruntées par divers chargements tel de la scorie ou des graviers ?