Le magazine de l'actualité Auto et Moto Vendredi, 25 juillet 2014 - 18:04

Témoignage : bloquée de nuit en voiture avec un bébé en plein affrontement à Saint Louis

Saint Louis Nouvelle-CalédonieJe m’excuse de vous déranger, mais j’en ai assez de tout cela ! Je veux parler de Saint Louis !

Sabrina donne le ton avec ces quelques mots. Sa mésaventure date de la fin du mois de février dernier. Excédée par des aléas répétés lors de la traversée de Saint Louis, commune du Mont-Dore (en Nouvelle-Calédonie), ayant eu peur pour son bébé, pour sa famille, s’étant sentie peu protégée par les forces de l’ordre présentes qui furent pourtant indirectement à l’origine de ses déboires ainsi que nous allons le découvrir, elle pousse un grand cri du haut de ses 29 années, toutes vécues en Nouvelle-Calédonie, avec pour sainte-patronne sa grand-mère d’Ouvéa dont elle revendique fièrement la filiation. Mais décidément, trop, c’est trop, et Sabrina H. a décidé de parler de ce qu’elle a vécu en cette fin du mois de février 2010 aux abords de la Tribu de Saint-Louis ! Elle a eu peur, mais elle n’a pas été la seule a priori…

Nous la laissons s’exprimer, et nous n’interviendrons qu’en fin d’article avec 4 questions que nous lui avons posé.

Saint Louis Nouvelle-Calédonie

Périple pour retourner du Mont-Dore

Je suis originaire de Nouvelle Calédonie, j’ai 29 ans, et mes parents habitent au Mont-Dore depuis 40 ans ! De plus, mon père était agent de police. Je vous épargne le reste des détails.
Depuis bien longtemps, nous en avons assez de passer Saint-Louis toujours dans les mêmes conditions. Cela étant posé, le jour – ou plutôt la soirée ! – où cette mésaventure m’est arrivée, nous étions allés chez mes parents pour fêter Mardi Gras avec mon fils de 21 mois. Je le précise car c’est important. Nous sommes repartis de chez eux vers 20h45 – 21h, environ.
Vers la Coulée, nous croisons un camion de pompier qui remontait vers la caserne du Mont-Dore. Arrivé sur Saint-Louis, après le premier virage, nous avons compris pourquoi : une voiture, totalement carbonisée, gisait à cheval sur le trottoir et sur la route. Nous continuons notre chemin, ne voyant rien de particulier, sachant que le vol et les incendies de voitures font partie aujourd’hui de notre ordinaire. Elles jonchent les accotements et restent parfois plusieurs jours livrées aux ultimes pillages, enfin s’il reste quelque chose d’encore récupérable !

  Alors on a commencé à vraiment avoir peur, dans la nuit, au bord de la route de Saint-Louis, coincé entre des gendarmes devant – qui ne bronchaient pas – et un fou furieux qui les provoquait

Arrivé avant le virage du pont, j’aperçois des voitures pratiquement arrêtées, et au bout de la file, une voiture de gendarmes avec les gyrophares en action. On pense tout de suite, mon mari et moi, à un accident de la circulation. Nous nous approchons tout doucement, et nous nous arrêtons derrière la dernière voiture de la file qui ne comptait finalement que 5 véhicules avec le nôtre. Une autre voiture arrive derrière nous, assez vite, le coffre grand ouvert. Mon mari me dit que c’est une Citroën C2, blanche, et qu’elle fait demi tour à fond au milieu de la route. La file de voitures avance tout doucement, à hauteur de l’ancienne ferme de la Saint-Louis, une voiture devant nous tourne à notre gauche, l’autre voiture la C2 blanche, qui était revenue derrière nous, fait de même. On avance encore un peu quand la C2 revient et se met à faire des figures sur l’asphalte, en travers de la route, pour narguer les gendarmes, juste au niveau de l’entrée de l’ancienne ferme de Saint Louis, en plein milieu de la chaussée, entre les îlots !
Alors on a commencé à vraiment avoir peur, dans la nuit, au bord de la route de Saint-Louis, coincé entre des gendarmes devant – qui ne bronchaient pas – et un fou furieux qui les provoquait.

Saint Louis Nouvelle-Calédonie (Mont Dore)

    Ils ont des cailloux dans les mains, ils se dirigent vers la voiture des gendarmes

Je décide alors de passer à l’arrière de la voiture avec mon fils qui est dans son fauteuil, pour le protéger. On n’avance plus. J’ai peur que la C2 ne vienne nous percuter.
Des hommes commencent alors d’investir les lieux, arrivant des deux côtés. Quelques-uns marchent sur le trottoir mais d’autres déambulent au milieu de la route ! Ils ont des cailloux dans les mains, ils se dirigent vers la voiture des gendarmes. Depuis notre véhicule, on distingue un véhicule de gendarmerie avec des gendarmes qui marchent de chaque côté à pied, mais sans rien y comprendre ! On entend des hurlements, des cris sauvages… Je suis terrifiée, tétanisée par la peur. Arrivées sur la ligne droite de Saint-Louis, les voitures de devant nous commence à doubler, parce que les énergumènes sortent un peu de la route ! On double les voitures de gendarmerie, parce qu’en fait, une voiture de gendarmerie suit un 4×4 de la gendarmerie, qu’a priori deux gendarmes poussent !
Vous y croyez vous ?! En fait, les gendarmes nous ont laissé pendant plus de 10 minutes sur toute la ligne droite de Saint Louis, avec les autres à côtés de nous avec des cailloux dans les mains, sans même nous faire dégager, ou nous faire signe pour que l’on pouvait passer à côté d’eux ! Alors qu’à n’importe quel moment on aurait pu se prendre un caillou, un coup de fusil ou autre dans la voiture !

peux vous dire qu’habituellement, je suis toujours la première à être remontée, et que je suis plutôt « grande gueule », mais là, je vous avoue et je n’en ai pas honte, que j’ai eu la trouille de ma vie pour mon fils de 21 mois ! Et je pense que c’est normal ! Je peux aussi vous avouer que je suis originaire de Nouvelle-Calédonie, et même que ma grand-mère paternelle vient d’Ouvéa ! Donc, je connais le système ici.

Eh oui, mais en attendant, combien de temps allons nous encore supporter tout cela ?! Je pense avoir fait un gros effort sur moi-même pour rester polie au fil de cette narration !

  (…) il n’a fait aucun effort pour me donner des informations sur le fait qu’on soit rester en plein milieu de ce bordel qu’est Saint Louis

Pour finir, le lendemain, j’achète les Nouvelles Calédoniennes pour mon travail et, bien entendu, aucun article ne parle de cela. J’appelle la gendarmerie du Mont-Dore pour avoir des informations, pour avoir une explication de la situation, savoir ce qui a pu se passer, histoire d’être un peu moins énervée, moins sur le fait d’avoir vécu cela que de comprendre pourquoi on l’a vécu (je rappelle qu’à tout moment, les gendarmes pouvaient nous préserver) !
Un monsieur me répond, je lui pose poliment la question, il me répond qu’il n’en sait rien, car il vient de reprendre son travail aujourd’hui et que personne ne peut me renseigner. Pas a un moment, il n’a essayé de d’obtenir un renseignement ou de me parler agréablement. En tout cas, il n’a fait aucun effort pour me donner des informations sur le fait qu’on soit rester en plein milieu de ce bordel qu’est Saint Louis ! Excusez-moi, j’ai dit une grossièreté ! J’ai contacté les Nouvelles Calédoniennes, ils n’avaient personne pour me parler, alors ils doivent me rappeler ! Mais j’attends toujours ! J’ai envoyé aussi envoyé un mail au Chien Bleu !
Saint Louis Nouvelle-Calédonie - 02

Fin du récit de Sabrina, à laquelle nous avons posé 4 questions :

Argus NC : Sabrina, les jeunes dans la C2 provoquaient les gendarmes ? Faisaient les « cons » en bagnole, c’est cela ?

Sabrina : Comme vous le dites, « ils faisaient les cons en bagnole » ! Ils ne cherchaient pas à fuir les gendarmes, ils les narguaient, ils se foutaient ouvertement de leurs « gueules », passez-moi l’expression !

Argus NC : Pouvez-vous préciser l’histoire des gendarmes qui poussent ? Enfin, avez-vous compris pourquoi ils poussaient ce véhicule ?

Sabrina : Alors en fait, deux gendarmes poussaient un 4×4 a priori en panne. Ils avaient essuyé des jets de pierres, et l’autre véhicule qui le suivait avait lui aussi était pris pour cible. Mais entre guillemets, on n’a pas plus compris que cela, malgré l’article des Nouvelles ! En effet c’est bien, ils ont voulu à tout prix sauver leurs véhicules, et s’en servir comme bouclier peut être ! Mais a par cela ?

Argus NC : Pourquoi les gendarmes avaient interrompu la circulation, selon vous, en premier lieu, avant que la C2 blanche ne viennent se greffer à ce charmant tableau ?

Sabrina : C’est une excellent question ! Ils devaient déjà avoir les véhicules en panne, parce qu’en fait c’étaient eux qui bloquaient la circulation ! Nous, nous avons été bloqués dans le virage, parce qu’ils n’arrivaient peut être pas à avancer plus vite ! Puis on les a suivis au pas tout le long de la ligne droite ! La voiture blanche était une C2 (volée). A aucun moment, les gendarmes n’ont, de fait, arrêté la circulation, c’est juste qu’ils la ralentissait du fait qu’ils poussaient leurs véhicules ! Dans le virage, on s’est trouvé à l’arret, ils avaient peut être du mal à le pousser ?! Mais à aucun moment, non plus, ils ne se sont occupés de nous en nous invitant, tout simplement, à les dépasser. Nous on voit un véhicule de gendarmerie avec un gyrophare en action au milieu de la route, on s’arrête !

Argus NC: En fait, si j’entends bien, les gendarmes auraient pu à tout moment vous faire passer, vous faire les doubler, mais vous ont laissé moisir dans une situation pourrissante au lieu que de vous faire dégager au plus vite, votre mari, votre enfant et vous-même, ainsi que tous les autres véhicules ?

Sabrina : En effet, malgré le fait que quelques voitures arrivaient en face, s’ils avaient porté attention à la file de voiture derrière eux, ils auraient dû réagir pour faire évacuer à un moment donné les civils ! Ils sont là pour cela non ? Tout le long de la ligne droite de Saint Louis, du virage, après les îlots de l’entrée de l’ancienne ferme de St Louis jusqu’aux îlots de Thabor, je pense bien qu’ils auraient pu nous faire passer ! Surtout qu’une fois qu’on les a doublés, on a roulé et sans souci. Il n’y avait personne sur la route. Par contre, avant de les doubler, on avait des mecs encagoulés avec des cailloux dans les mains, de chaque côté de notre véhicule ! Nous devions avoir 4 voitures devant nous au final, ensuite la C2 qui est venu se coller derrière nous et qui n’a pas cessé de faire ses demi-tours et ses tours de c***, puis une autre voiture est encore venue derrière nous allonger la file ou si, j’ose dire, « l’appât pour les mecs sur la route et leurs cailloux, ou pire leurs lignes de mire de fusil ! « 
Je dirais que, pour nous, les gendarmes ne nous on pas du tout considéré. Ils ont juste essayé de passer leur chemin en se protégeant. En attendant, ils ont quand meme préféré « sauver » leurs véhicules, et se protéger eux-mêmes, que nous ! Parce qu’un caillou ou une barre dans une vitre de voiture d’un particulier à priori, cela ne les inquiétait pas trop ! Nous étions plusieurs voitures et je pense que ce soit nous et notre fils, ou le monsieur ou la dame des véhicules qui nous précédaient, la sensation et la peur ont vraisemblablement été la même pour tous. Et avec elle la réaction d’incompréhension aussi !

Suite et source (texte et photos) : www.Argus.nc

2 commentaires vers "Témoignage : bloquée de nuit en voiture avec un bébé en plein affrontement à Saint Louis"

  1. Swl's Gravatar Swl
    19 septembre 2010 - 19:40 | Lien permanent

    Peut être pas aussi simple et linéaire Sabrina, exemple:
    http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=1534.

  2. Pierrem's Gravatar Pierrem
    10 octobre 2010 - 22:34 | Lien permanent

    Quand on habite Mont-Dore-Sud, on est régulièrement harcelés par police et gendarmerie, afin de contrôler nos véhicules, notre alcoolémie, notre vitesse, …etc. Quand on fait remarquer aux pandores que c’est plutôt du coté de St Louis qu’ils devraient enquiquiner les « sujets de mécontentement », ils répondent que St Louis, ce n’est pas les choix de « la hiérarchie »… En fait, la municipalité, le Ht Commissariat et le toutim…, ne veulent surtout pas de problème, et préfèrent ennuyer les retraités, les infirmières en tournée, les artisans en déplacement, les parents et leurs enfants… plutôt que de lever un quelconque petit doigt là où il faudrait le faire. Le maire lui-même prend ses ordres auprès du « patron » de la tribu de St Louis, lequel est par exemple opposé (ne pas stigmatiser, n’est-ce pas !) à la mise en construction d’une rocade qui permettrait à tous les habitants de La Coulée, Vallon-Dore, Mont-Dore-Sud, Plum, d’éviter le calvaire qu’est la route allant du rond-point « Casino » jusqu’à Boulari (car il n’y a pas que le passage, de St Louis qui est un problème ! Toute cette route est mal foutue, avec des interdictions de doubler sans raison, des ralentissements interminables provoqués par la surcharge, surcharge due au fait que les permis de construire – autour du Mont, en deçà et au-delà -, sont attribués à la pelle, sans la moindre préoccupation d’amélioration indispensable et concomitante de la voirie). Danger de cette route ? Ah, on n’est pas près de s’en sortir.

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